Ambronay

Retour sur les Rencontres d'Ambronay (1) Les mots sont importants/

Retour sur les Rencontres d'Ambronay (1) Les mots sont importants

2022 Rencontres d'Ambronay 2022

Retour sur les Rencontres d'Ambronay, 1ère étape : définir collectivement les termes du sujet pour mettre en lumière ce qui nous unit.

Le Centre culturel de rencontres d'Ambronay (Ain) a initié, en partenariat avec l'Association des Centres culturels de rencontre, trois jours de remue-méninges intense du 19 au 21 mai sur le thème : « Jeunes créateurs-trices & insertion professionnelle : entre mobilité européenne et circuits courts ». Une réflexion en mouvement sur une tendance de fond : l'installation et l'ancrage de jeunes artistes et acteurs culturels sur des territoires, notamment ruraux. Effet post-Covid ou mutation profonde, liées aux enjeux écologiques et sociaux du XXIème siècle ? Les témoignages et débats de ces trois jours ont tenté d'apporter des réponses à ces questions.

 

Dès l'arrivée, les Rencontres d'Ambronay proposaient aux participant.es de contribuer à un glossaire en livrant leurs propres définitions des mots au cœur du sujet, tels que « territoires », « mobilité », « ancrage », « local », « insertion », « création », « Europe », « rural », « urbain »...

Au delà de la joute verbale, cette réflexion sur la langue aide à apporter des éléments de réponses à la question fondamentale de ces Rencontres, « Qu'est ce qui nous unit » ? » introduite par le géographe Martin Vanier avec une citation de Roger-Pol Droit :
 
« Ce qui nous unit
- est de défaire les nous pour les construire indéfiniment ».
- est fait de ce qui nous rassemble et de ce qui nous dresse les uns  contre les autres ».
- vient de très près, et porte au loin, et inversement ;
- vient du fond des âges et se met à l'œuvre juste à l'instant. »
 
Une entrée en matière propice au dialogue. Pour Grégoire Pateau, de l'UFISC, ce qui nous unit et nous désunit, « ce sont des cultures non figées ». Plus inquiet, Christophe Bennett, directeur de l'action culturelle à Cergy-Pontoise, constate que « ce qui nous unit, ce sont les tensions ». Le travail autour des mots permet précisément de nuancer ces tensions supposées entre urbain et rural, entre mobilité et ancrage, entre ouverture et repli.

De quoi parle-t-on, par exemple, en évoquant l'ancrage ? Pour les représentants du département de l'Ain, terre de passage, il y a l'envie d'inviter de nouveaux habitants à s'ancrer ; pour Claire Delfosse, géographe, l'ancrage local ne saurait ignorer les interdépendances et être prétexte au repli. Pour Grégoire Pateau, « Pour s'ancrer, le corps sert, et se désancrer, c'est avoir besoin d'horizon, de s'ancrer dans un ailleurs ».

Travailler avec les concepts et les mots, c'est aussi s'autoriser à en forger. Le philosophe Errol Boon a mis ainsi en avant la notion de « translocal », opposée au village global ou au « glocal ». Sa lecture, proposée in situ à l'étonnant musée des Soieries Bonnet de Jujurieux, résonnait fortement avec le lieu. Le musée des Soieries Bonnet restitue l'histoire d'une production de luxe, fortement marquée par l'identité lyonnaise et l'ancrage dans le village, mais qui a rayonné jusqu'au Japon !

Face à un désenchantement de la mondialisation qui n'épargne pas le milieu culturel, face à l'uniformisation à marche forcée du « village global », le « translocal » esquisse une alternative pour la création artistique : faire de son point d'ancrage et de sa communauté un point nodal de l'ouverture du monde.

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[textes originaux : Valérie de St Do]