Séminaire au Château de Féhervàrcsurgo, Hongrie (août 2000)

Echange des savoir-faire en Europe

Commission européenne, Programme Raphaël 1999

Réseau Européen des Centres culturels – Monuments historiques

Fondation Joseph Karolyi

 

Audit sur la restauration du Château de Féhervàrcsurgo et l’organisation du Centre culturel de rencontre

 

Rapport de synthèse du Séminaire au Château de Féhervàrcsurgo, Hongrie, août 2000

[learn_more caption= »I. Introduction : le projet du CCR de Csurgo »]

La Fondation Joseph Karolyi se donne comme objectif de créer sur le site du château de Csurgo un Centre culturel de rencontre fidèle à l’esprit du bâtisseur du château, György Karolyi (1802 – 1877) qui, dès le début du XIXe siècle, avait formulé le voeu d’oeuvrer activement à l’ouverture et au développement de la Hongrie. S’inspirant de tout un passé familial – son président actuel étant l’arrière-petit fils de György Karolyi -, la Fondation Joseph Karolyi et le CCR de Fehérvàrcsurgo veulent promouvoir l’ouverture de la Hongrie sur l’Europe et une meilleure connaissance de la Hongrie en Europe. Cette entreprise repose sur trois volets :

  • un centre de documentation, de recherche et de formation sur l’histoire de l’Europe en général et de la Hongrie en particulier ;
  • une activité d’organisation et d’accueil de séminaires, conférences, résidentielles ou non ;
  • une activité de promotion du tourisme culturel dans un monument historique ouvert au public.

Depuis sa création en 1994, et surtout depuis la signature, en 1997, d’un bail emphitéotique de 99 ans pour la reconstruction et la valorisation culturelle du château avec l’Etablissement public hongrois gestionnaire, la Fondation a développé deux activités parallèles:

  • la restauration du Château de Fehérvárcsurgó, siège des activités de la Fondation, ce qui implique le suivi et la coordination des accords avec les différents partenaires, la recherche de subventions en Europe, la participation à des appels d’offres, le fund raising, etc.
  • des activités culturelles pour faire découvrir la Fondation et ses objectifs (prise de contacts avec des associations de professeurs, participation à des colloques sur l’enseignement de l’Europe, voyages culturels pour Français en Hongrie), et renforcer son installation sur le site. Ces activités se sont traduites par diverses manifestations (exposition sur les Ecrivains de la conscience européenne et actuellement La carte postale – mémoire hongroise, mémoire européenne, publications, conférences en Hongrie, en France et en Belgique).

Ces activités ont été menées principalement depuis Paris et le sont encore, du fait que, actuellement, la plupart des aides financières ont été trouvées en France et parce qu’il a paru que les contacts culturels établis en France et partout en Europe occidentale étaient particulièrement précieux pour développer le courant des échanges Est-Ouest. C’est ainsi qu’il a été possible de recevoir en donation la bibliothèque de travail de François Fejtö et ses archives, recruter des stagiaires, obtenir de très nombreux dons d’ouvrages de fondations privées (K. Adenauer, H. Seidel, Haniel, Bodleian Library, Fondation R. Schuman, CNRS, Sciences Po Paris, etc…), organiser une exposition itinérante, un colloque de sciences politiques, entre autres.

C’est en juillet 1999 que les travaux de restauration du pavillon nord ont été suffisamment avancés pour permettre une première ouverture. Chaises et tables sont arrivées en novembre, et alors il a été possible d’ouvrir la bibliothèque au public. Diverses revues en Hongrie s’en sont fait l’écho. Depuis, le fonds a été classé et informatisé grâce à l’UNESCO, qui a fait don du programme ISIS.

Reste à classer le fonds d’archives de François Fejtö, qui comprend des dossiers de presse à partir de 1945 sur l’actualité internationale et l’Europe. Du 1er au 15 juillet, dix jeunes stagiaires européens ont travaillé bénévolement sur le classement des périodiques de Fejtö, et un stagiaire français s’en occupe depuis le mois de juillet.

La Fondation dispose également d’un fonds de cartes postales issu du mécénat avec la société Cora. A partir de ce fonds, une exposition sur les monuments historiques hongrois est en préparation, qui sera ouverte en septembre 2000, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.

Voici en bref les projets pour cette année :

  • le 25 août, concert de cymbalum classique aux chandelles (au Château)
  • en octobre, colloque sur Raymond Aron à l’Université des sciences économiques, en collaboration avec l’Université de Budapest (11 pays), avec le soutien de l’Institut culturel français et la H. Seidel Stiftung (Allemagne)
  • les 23 et 24 septembre : Journées européennes du patrimoine, deux journées de séminaires et d’explication des classes et journées patrimoine, en la présence de responsables des programmes  » Socrates  » et  » Jeunesse pour l’Europe  » de l’Union européenne.

Les élèves de ces classes seront originaires de 3 pays différents. Pourraient également y participer des aveugles, utilisant des maquettes tactiles mises au point par une architecte française.

Souhaitant oeuvrer aussi dans le sens Est – Ouest, la Fondation contribue avec 3 projets à l’année de la Hongrie en France (2001). Sont prévus :

  • un concert de cymbalum et violoncelle à l’Eglise St Séverin, à Paris ;
  • un voyage d’étudiants en sciences politiques  » économie et politique  » en Hongrie ;
  • un colloque à Sciences Po, à Paris.
[/learn_more] [learn_more caption= »II. La restauration du Château de Csurgo »]

1. Bref historique architectural du château

L’histoire de la propriété remonte au XVIIe siècle. Avant la reconstruction du XIXe siècle, le château était de style baroque, en forme de  » L « . Le bâtiment actuel du Château de Csurgo date de 1844. Il a été reconstruit selon un modèle néo-classique comme villégiature de la famille du comte György Kàrolyi.

Le nouveau bâtiment se compose d’un corps central avec un étage, flanqué de deux ailes à colonnes, à l’origine sans étage. A l’extrémité de ces ailes, se trouvent deux pavillons. Le pavillon nord inclut une chapelle. La partie centrale et les ailes entourent une cour d’honneur au centre de laquelle se trouve un bassin.

C’est à Jozsef Kàrolyi (1884-1934), propriétaire du château à partir de 1888, que l’on doit la dernière grande reconstruction du château au début du siècle (1910). A cette époque sont confirmés le plan en « U », la façade actuelle et la bibliothèque elliptique surmontée d’une coupole – ainsi que la conception des deux jardins : un  » jardin d’agrément  » qui se rattache parfaitement au style du château, et un  » jardin paysager  » qui s’intègre à la partie boisée.

La famille Kàrolyi quitte définitivement le château en 1944, à l’approche du front. Après la guerre, le château est pillé et son sort est identique à celui de nombreux autres monuments hongrois : les changements successifs de fonction et de gestionnaire (orphelinat de 1955-1979, p.ex.) l’ont lourdement affecté. Malgré son classement comme monument historique au début des années 50 et quelques travaux de conservation au milieu des années 80, le bâtiment et son parc se dégradent.

C’est à partir de 1993 que la situation commence à évoluer positivement : le droit de gestion est confié à la MAG, un établissement public dépendant de l’Office National de Protection des Monuments Historiques. Un programme de reconstruction du bâtiment et de réhabilitation de son parc est lancé à l’initiative de la Fondation Joseph Kàrolyi, en vue de l’établissement du Centre culturel de rencontre de Fehérvàrcsurgo.

2. Méthodes à l’oeuvre dans la restauration d’un monument historique

Avec Monsieur Georges Durieux , architecte responsable de la restauration de l’Abbaye de la Paix-Dieu, Wallonie/Belgique, l’on peut ici rappeler un certain nombre de règles générales pour la restauration d’un monument historique comme Fehérvàrcsurgo.

La conservation intégrée. Cette  » méthode  » a été inspirée en 1964, par la Charte de Venise, texte de doctrine pour les restaurateurs et les conservateurs, qui introduit la notion de  » conservation intégrée  » (notamment dans son article 2 qui préconise l’interdisciplinarité et dans son article 5 qui évoque l’affectation et la  » fonction utile à la société « ). Cette notion a été définitivement consacrée au travers des résolutions du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe à partir de 1976 : il ne s’agit pas de restaurer pour restaurer, mais pour réutiliser, intégrer le monument dans une action continue. Il s’agit d’une approche de l’ensemble du monument et des intentions par rapport à celui-ci. Cette réflexion porte naturellement à la participation de nombreuses disciplines et personnes au projet de conservation ;  » pluridisciplinarité  » et  » coordination  » sont en effet des mots clefs dans ce contexte d’articulations et d’effets multiplicateurs entre les disciplines.

Les études préalables. Dans l’application de la méthode, il faut insister sur l’importance des études préalables à la mise en oeuvre d’une restauration. Elles sont de différentes natures : historique, archéologique, sans oublier les relevés permettant de mieux connaître l’état sanitaire du monument..

Le point de référence historique. Pour la cohérence historique de l’ensemble, il faut choisir un  » point de référence historique  » et traiter la question de l’  » authenticité  » à partir de ce point. Car il y a toujours eu des transformations du monument dans le temps, il est très rare qu’un site soit conservé dans l’esprit de sa construction.

La coordination. Même pour des chantiers relativement simples, il est indispensable de réunir, dès le départ, l’ensemble des compétences qui interviendront au cours du projet de restauration/conservation, afin que toute l’opération se déroule dans une bonne atmosphère et que soient évités les malentendus.

Les problèmes énoncés lors de l’expertise sur place se rencontrent partout et sont naturellement déclinés selon les situations particulières. La question de la limite des moyens financiers n’est pas spécifique à la Hongrie. Une fois le décor posé et les acteurs connus, le dialogue doit se poursuivre pour éviter des situations critiques. Devant le problème tel que celui des champignons dans le château de Csurgo et le choix des remèdes à apporter, seuls le dialogue et la coordination peuvent permettre d’esquisser de vraies solutions admises par tous.

Cf. Annexes II.(2.2.) pour consulter les rapports des responsables hongrois de la restauration, ainsi que les réactions des experts européens à ces rapports remis après le séminaire.

3. Etat sanitaire du château de Csurgo

L’intervention de Anselme Dutrecq (Belgique), phytopathologue, au Château de Csurgo entre dans le cadre général de l’analyse sanitaire des boiseries et des moyens mis en oeuvre pour lutter contre les dégâts d’ordre biologique (champignons et insectes xylophages).

Avec le peu de temps consacré à cette étude et l’absence de documents mis à disposition, il est difficile de pouvoir juger et donner un avis sur l’état sanitaire du château, notamment sur l’impact que cet état sanitaire a pu avoir sur l’importance et la manière dont les travaux de restauration (gros-oeuvre) ont été réalisés.

Faute de points de comparaison, la partie principale de cette intervention portera donc essentiellement sur une présentation de la méthodologie qu’on utilise depuis de nombreuses années dans le cadre des études préalables pour définir l’état sanitaire d’un bâtiment classé de l’importance du Château de Csurgo. On voit en général ces analyses préalables aux projets de restauration avec l’oeil d’un technicien du bâtiment, de l’ingénieur agronome et du biologiste, c’est-à-dire comme un  » médecin  » qui fait son diagnostic.

Pour le Château de Csurgo, dès le début de la visite des experts européens, et pour que celle-ci soit fructueuse, on a demandé que les rapports sanitaires des boiseries soient mis à notre disposition. De toute évidence, ces rapports n’étaient pas disponibles sur les lieux lors de leur séjour.

Actuellement, le gros oeuvre du bâtiment principal et des deux ailes latérales est presque terminé. On peut constater que la rénovation est lourde, c’est-à-dire qu’elle a été envisagée avec l’objectif de remplacer la plus grande partie des boiseries par du béton. De prime abord, on peut valablement penser que ces travaux étaient nécessaires, dictés par un état sanitaire déplorable au niveau des boiseries. Seules des études qui répertorient sur plans les dégâts rencontrés permettraient de juger de l’opportunité des travaux qui ont été entrepris.

On suppose que, dans le cadre du château de Csurgo, les boiseries constitutives (planchers et leur poutraison, charpentes), majoritairement en résineux, ont été rapidement dégradées par les infiltrations d’eau provenant des toitures dont l’étanchéité faisait défaut ou des descentes d’eaux pluviales défectueuses. Le bois de résineux, peu durable, a pu être très rapidement dégradé par les agents biologiques en présence d’humidité (champignons divers dont le Serpula lacrymans, les insectes xylophages …). A contrario, le chêne, souvent utilisé en Belgique, possédant une plus grande durabilité que le sapin, peut supporter plus facilement des négligences dans l’entretien des bâtiments.

Au sein des maçonneries décapées, l’on n’a pas relevé beaucoup de foyers de mérule. On peut néanmoins penser que beaucoup de boiseries étaient dégradées par des champignons autres que le Serpula lacrymans comme Coniophora sp., Poria sp. Donkioporia sp. … Ces derniers champignons se rencontrent plus souvent dans les conditions très humides, défavorables au développement de la mérule. Si la mérule nécessite (annexe I) des interventions draconiennes pour être éradiquée (remplacement des boiseries attaquées, traitement des maçonneries infestées), pour les autres champignons, l’assèchement des boiseries, leur consolidation et leur traitement suffisent généralement (annexe II) ; le traitement des maçonneries n’est que rarement conseillé. Dans ce cas, les traitements chimiques des boiseries s’apparentent plus à des traitements préventifs ou pour pallier à d’éventuelles jeunes attaques de larves d’insectes qui s’y développeraient.

Il apparaît – comme observé dans la charpente du pavillon en cours de restauration – qu’au château de Csurgo beaucoup de poutres étaient attaquées par le Hylotrupes bajulus (Capricorne des maisons). Dans le cas des attaques d’insectes xylophages, l’activité des larves, leur localisation et la définition de l’importance des attaques sont aussi primordiales pour décider du remplacement total ou partiel des boiseries atteintes.

On a également relevé que, si en théorie des précautions d’hygiène générale doivent être prises pour pallier à la dissémination des spores de mérule, elles paraissent démesurées dans le cadre de ce chantier.

Dans le cadre de la réhabilitation d’un tel bâtiment c’est surtout lors de la repose des boiseries que des mesures préventives draconiennes et réfléchies doivent être prises, notamment en prévoyant des ventilations suffisantes pour les lambris, les ébrasements, les planchers, les parquets…, s’ils doivent être replacés sur des murs exposés (parfois insuffisamment asséchés), sur des terre-plein humides … Le manque de précautions prises à la repose du parquet de la chapelle est un exemple très explicite. Le rapport de l’expertise hongroise indépendante étaye aussi ce point de vue.

Il est de plus en plus admis que des études préalables complètes doivent être réalisées. Elles doivent reprendre, pour chacun des dégâts répertoriés, leur étendue et l’identification claire des organismes en cause. Elles permettront d’évaluer le niveau du danger pour définir les remèdes les plus appropriés en respectant au mieux le bâtiment classé. Ces critères d’évaluation de l’état sanitaire des boiseries doivent guider le maître d’ouvrage et les auteurs de projet à propos des moyens à mettre en oeuvre pour établir, sans aucune ambiguïté, le cahier des charges. Une description précise de celui-ci doit aussi permettre aux entreprises de remettre leur meilleur prix, sans risque de découvertes fortuites en cours de travaux. Le maître d’ouvrage pourra aussi mieux maîtriser les coûts de la restauration.

On a montré quelques études préalables réalisées dans le cadre de bâtiments classés belges comme le Château des Princes de Croy du Roeulx, la Cathédrale Notre-Dame de Tournai, l’ancien Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines et des immeubles de l’Ensemble Muséal d’Art et d’Histoire du Pays de Liège. Dans ces rapports, des plans en couleur reprennent les différentes dégradations observées, par exemple en rouge les attaques par la mérule, en vert les pourritures occasionnées par les autres champignons y compris les vieilles attaques d’insectes xylophages, en jaune les attaques actives des insectes xylophages et en bleu les infiltrations d’eau. Les renseignements concernant les infiltrations d’eau permettent aux maîtres d’ouvrage de prendre les mesures de mises hors d’eau pour éviter une aggravation des problèmes, notamment par l’installation et le développement de nouveaux foyers de mérule. Les observations sont étayées par une description des dégâts et de leur importance ainsi que par un dossier photographique. Pour chaque type de dégâts, des remèdes généraux sont donnés ; si nécessaire une description détaillée des traitements est fournie pour chaque point particulier pour être joint au cahier spécial des charges. Des exemples de ces annotations sur plans sont joints à titre d’information dans ce rapport (cf. annexes). Depuis l’année dernière, ces rapports sont fournis sur support Cd-rom, en utilisant au maximum les liens hypertextes en format html (liaisons : table des matières/texte, texte/plans, texte /figures, plans/figures, planches contacts /figures …).

Cf. annexes 2.3. pour plus de précisions à ce sujet.

Commentaire sur la restauration du château de Csurgo

L’architecte en charge de la restauration du château, Madame Reka Kralovansky, affirme partager entièrement les principes généraux exposés (chapitres 2.2. et 2.3.). Elle souligne que des études préalables sont faites en Hongrie tout comme en France et en Belgique. Elle affirme conserver et utiliser tous les documents concernant le château de Csurgo depuis 1990. Des spécialistes du bois ont accompagné les travaux, dit-elle, et une documentation photo a été établie pendant leur avancement. La question de la philosophie de la restauration appliquée au Château ayant été posée, Madame Reka Kralovansky souligne que le maximum est fait pour garder l’existant, et ne procéder à des remplacements que dans certains cas où les choses sont irrécupérables. Il y a alors deux possibilités : ou bien reproduire de la même manière, avec les mêmes matériaux, ou bien remettre des éléments non-identiques (ni au niveau architectural, ni dans la matière). Le choix du béton pour la charpente des combles a été ainsi guidé par le projet d’installer des dortoirs pour accueillir des jeunes.

Pourtant on note que :

il n’a pas été produit de véritable dossier historique sur l’évolution du bâtiment ;
il n’existe pas de définition claire d’un point de référence historique pour la restauration (période baroque pour la couleur des façades, 1940 pour les toitures et les cheminées, ajout d’un système moderne de ventilation en faîtière) ;
il n’a pas été produit d’étude sanitaire complète sur le château à l’appui des choix radicaux de réhabilitation qui ont été arrêtés.

Or, ces éléments qui constituent le dossier d’études préalables doivent impérativement être disponibles pour l’ensemble des acteurs de la réutilisation (et pour la Fondation affectataire du monument en premier lieu), cela dès l’origine des processus d’intervention. Leur absence induit un défaut général de coordination de l’entreprise de restauration, que ce soit du point de vue des choix historiques, de l’organisation du chantier (priorités et étapes successives), ou encore sur le plan de la cohérence des options de réhabilitation avec les objectifs de la Fondation Joseph Kàrolyi.

Ajoutons que la présence ponctuellement attestée de mérule a mené à la destruction générale des planchers, boiseries et enduits muraux sur la totalité du château ainsi que le remplacement systématique de toutes les charpentes et poutraisons par des éléments en béton (dalles, poutres), ce qui obère gravement la valeur d’authenticité de l’édifice restauré. Notons que le remplacement des éléments anciens par des matériaux modernes (béton, en particulier) prévaut sur leur reconstitution à l’identique dans la quasi-totalité des cas de figure inventoriés. Notons que ce choix radical (et discutable) a été appliqué sans concertation, sous la seule responsabilité de l’architecte et des entreprises maîtres d’oeuvre, et sans examen de possibles alternatives. Cela est aujourd’hui irréversible. Notons encore que les faits constatés démentent totalement les intentions et principes généraux affirmés par Madame Reka Kralovansky en faveur du respect de l’authenticité du monument.

Enfin, le débat autour de la question des responsabilités et des rôles respectifs de l’architecte, des experts et des entreprises exécutrices des travaux a montré l’existence d’une grave dilution des responsabilités et de nombreux disfonctionnements préjudiciables à la bonne marche de la restauration.

[/learn_more] [learn_more caption= »III. L’organisation du Centre culturel de rencontre »]

1. La Repartition des espaces

Madame Françoise Villaume, directrice artistique à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, l’un des premiers Centres culturels de rencontre français, créé en 1972 (cf. annexes III :  » La question du management dans un Centre culturel de rencontre), a fait les commentaires suivants :

  • Le Château : Situé à 100 kilomètres de Budapest, le château est le phare du village. Il peut contribuer à son développement économique par son rayonnement culturel et touristique au plan national voire international. C’est un lieu de visite qui peut s’insérer dans un dispositif touristique plus large incitant les touristes à visiter un ensemble de châteaux ou autres monuments situés dans la région
  • L’architecture du château : L’architecture du château est propice effectivement au développement d’un projet culturel. Sa disposition en U, ses salles nombreuses de dimensions variées permettent des activités multiples. De plus, elles offrent une possibilité de transformation (on peut casser et reconstruire). Les salles sont ouvertes, certaines spacieuses, bien distribuées.

L’installation des activités à l’intérieur du château :

  • L’entrée principale

L’entrée principale est dans la logique du bâtiment. C’est le coeur de la maison où l’on trouvera une salle de réception, des salons, des salles d’expositions d’une part, les cuisines, salle à manger et studios d’autre part. D’emblée, le lieu appelle à l’accueil et à la convivialité.

  • A l’étage

A l’étage, la bibliothèque sera le lieu central  » intellectuel  » à partir duquel se déclinera le projet culturel. Il est vraisemblable qu’à terme cette bibliothèque/centre de documentation annexera des salles mitoyennes pour se développer. Les archives, qui peuvent être gérées par le même personnel que celui de la bibliothèque, pourraient se trouver dans un local à proximité.

  • Dans les combles

La partie réservée aux classes sera un peu plus  » confinée « . Il n’est certainement pas optimal de loger les enfants au dernier étage, dans des pièces sans vue extérieure. Il faudra vérifier qu’il y a un nombre de mètres carrés suffisant pour accueillir des effectifs de classes pouvant aller jusqu’à 40 enfants, ainsi que la possibilité d’installer des appareils vidéos, téléviseurs, ordinateurs (cf. les normes hongroises dans ce domaine).

  • Les ailes du château

Le rez-de-chaussée côté Sud est consacré aux expositions. Il faut très rapidement trouver un endroit pour exposer des documents relatant l’histoire du château qui accueille les premiers touristes et les premiers visiteurs, un endroit pour le point de vente de billets, cartes postales, etc… Au rez-de-chaussée côté Nord, les cuisines et salles de restaurant sont en bonne place, suffisamment spacieuses. Il faudra d’emblée réfléchir aux normes d’installation en matière de restauration.

Les quatre chambres du rez-de-chaussée sont utiles dans un premier temps, mais à terme, si l’hôtellerie se déplace dans les écuries, elles seront utilisées pour les activités culturelles des élèves, en particulier.

Un local du ménage pour entreposer le matériel destiné aux chambres (draps, serviettes, couvertures, etc.) et le matériel de nettoyage (machine à laver, aspirateur, etc.), ainsi qu’un local de surveillance des appareils (incendie, vidéo surveillance) sont bien situés au rez-de-chaussée.

Monsieur Guy Tilkin, coordinateur des programmes européens à l’Archikommanderij d’Alden Biesen (Flandres, Belgique), insiste sur l’attribution d’espaces supplémentaires pour les activités culturelles lors des classes de patrimoine : salles de séjour pour le temps libre et salles équipées pour d’éventuels ateliers pratiques (sculpture, peinture, photo, poterie, …)

Commentaire sur la répartition des espaces :

      • il convient d’éviter la dispersion des espaces hôteliers dans différentes parties du château, leur regroupement étant indispensable au bon fonctionnement du service ;
      • il convient de considérer le château comme devant recevoir avant tout des espaces de travail (salles d’exposition et salles de séminaire) et donc limiter l’emprise des salles de restaurant et des chambres, qui feront double emploi lorsque les écuries seront aménagées ;
      • les écuries peuvent constituer un pôle  » hôtellerie-restauration  » commode et peut-être pourrait-on concentrer sur ce lieu ces deux fonctions, en évitant de hiérarchiser les espaces d’accueil, ce qui est moins bien accepté aujourd’hui par les utilisateurs d’un tel lieu ;
      • il convient de prévoir l’évolution de l’affectation des fonctions aux espaces dans le château, qui ne doivent donc pas être trop rigides dans leur aménagement : attention aux chambres avec leurs sanitaires ;
      • on doit noter que les espaces dévolus à l’administration de la fondation sont très limités.

 

2. L’Organisation de l’équipe professionnelle

Madame Angelica Kàrolyi, chargée des activités culturelles de la Fondation, décrit brièvement la situation actuelle au Château de Csurgo du point de vue du personnel engagé :

Pour les activités intellectuelles sur place et pour la mise en train de la bibliothèque qui est donc maintenant ouverte tous les jours ouvrables de la semaine et le week-end sur rendez-vous, depuis le 1er décembre 1999, une jeune bibliothécaire a été recrutée sur place. Celle-ci voit ses activités se développer et exécute de plus en plus de fonctions diverses nécessitées par l’avancement progressif des travaux et l’ouverture du site : achat de fournitures, informatisation, accueil d’un camp de jeunes, accueil de visiteurs, stagiaires etc. Depuis le mois de juillet, elle surveille l’exposition de cartes postales  » Mémoire hongroise, mémoire européenne  » installée dans la bibliothèque en semaine et en bas pendant le week-end, ainsi qu’un comptoir de ventes diverses. Les visiteurs, qui payent maintenant leur entrée, sont orientés vers l’exposition, la chapelle, les divers éléments extérieurs restaurés et la terrasse –  » csipke terrasz « . Cet été, les visiteurs ne sont pas encore assez nombreux pour justifier de l’emploi d’une personne spécifiquement chargée de les accueillir.

L’on recherche actuellement un(e) enseignant(e) qui serait responsable des classes et journées

du patrimoine au Centre culturel de Fehérvàrcsurgo, et on espère que la manifestation européenne des 23 et 24 septembre permettra de trouver une personne susceptible de suivre une petite formation dans la matière à Villeneuve-lez-Avignon et à Alden Biesen (pour les activités de ce centre – membre du réseau, cf.  » Les classes européennes à l’Archikommanderij Alden Biesen « , annexe III).

La première étape de transition passée, une fois que les possibilités minimales d’hébergement existeront avec celles de restauration sur place, l’on passera progressivement à un autre rythme avec :

      • un/e responsable des activités pédagogiques
      • un/e responsable de l’hôtellerie
      • un/e responsable du centre de recherche et de la bibliothèque qui se dédoublera ensuite avec un responsable de l’ensemble des activités culturelles
      • un  » secrétaire général  » pour la gestion et la coordination.

Commentaire sur l’organisation de l’équipe professionnelle :

Georges et Angelica Karolyi sont les maîtres d’oeuvre du projet, mais ils n’en seront pas les animateurs à plein temps, étant donné leurs occupations extérieures. Sans doute Georges Karolyi joue et jouera le rôle du président de la Fondation : celui qui impulse et cherche les moyens du projet.

Il faut trouver rapidement un reponsable permanent sur place, un chargé de mission qui ait une vue globale du projet de la Fondation : un historien, un philosophe, un universitaire, en lien avec le projet culturel central : l’histoire de l’Europe.

Il faudrait qu’il ait également des compétences d’administrateur : capable de monter des dossiers de demandes de subventions et de gérer du personnel, de suivre les travaux de restauration.

Cette personne pluri-culturelle et polyglotte sera l’interlocuteur(-trice) direct(e) de Georges Karolyi. Il/elle inventera des projets tout au long de l’année visant à réunir des publics diversifiés (allant du villageois de Fehervarcsurgo à l’universitaire de Budapest) ; et sera en relation avec des chercheurs qu’il/elle pourra accueillir et conseiller sur place (les trois chambres-studios permettront cet accueil prochainement).

Compte tenu du grand nombre de compétences requises, il faut même réfléchir à la possibilité de partager les tâches entre deux personnes : un manager général et un directeur des activités culturelles…

Situé dans son écrin de verdure, le château peut être visité en l’état. Il faut donc du personnel pour accueillir les touristes et leur donner des explications sur son site et son histoire.

Les classes de patrimoine peuvent être lancées avec l’appui de l’école du village et peut-être celle des habitants pour le logement. On peut imaginer aussi des journées – patrimoine pour des élèves venant en bus le matin et repartant le soir (voir l’exemple des journées de découverte de la Chartreuse proposées dans une progression annuelle).

Un(e) chargé(e) de mission  » patrimoine et tourisme  » recruté(e) dans le milieu de l’enseignement ou de l’animation et engagé(e) sur un contrat annuel, pourrait à la fois gérer et recevoir les classes d’élèves et faire appel à des conférenciers et animateurs d’ateliers free-lance pour les activités spécifiques des classes, tout en ayant également en charge la promotion du château en tant que lieu touristique.

Si l’on imagine d’accueillir une classe ou deux par mois (4 jours par semaine), il lui restera du temps pour organiser la promotion touristique, les deux préoccupations allant de pair. Cette même personne pourrait également  » inventer  » tout autre projet susceptible d’attirer la venue de touristes  » actifs « .

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